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makarotte.com

L'affaire des simples rideaux

Publié le 26 Mars 2017 par KRo

Il y a des jours difficiles et il y a des jours où sur le répondeur il y a un message comme celui-ci, essentiel, laissé à 9h08 : 

"Bonjour madame, je voudrais vous signaler que depuis le début de l'année qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, j'ai remarqué que les rideaux de la classe de ma fille sont fermés. Je ne comprends pas pourquoi des enfants de 7 ans ne peuvent pas avoir accès à la lumière du jour. Ma fille m'en parle quotidiennement et ça me perturbe aussi beaucoup à moi. Alors merci de me rappeler pour m'apporter une réponse aujourd'hui et j'aurai l'occasion d'en discuter avec la maîtresse puisque je vais la voir prochainement."

Le pauvre, ça le perturbe à lui quand même. Que des gamins hurlent dans le couloir, insultent ou frappent les enseignants ça ne dérange pas sa fille mais les rideaux fermés parce qu'il y a du soleil, des élèves en récréation ou en séance de sport dans la cour, des parents qui passent et font coucou ou observent avec insistance, des passants, des voitures, des oiseaux qui sont sources de déconcentration, ou tout simplement du boulot à faire qui fait oublier qu'on a oublié de les ré-ouvrir, ça, ça c'est insupportable.

Et le gars doit être en planque 5 jours sur 7 en plus, pour faire ce genre de constatations, il a son petit carnet, ou son magnétophone et il note à la fois la météo et l'ouverture des rideaux. C'est Joseph avec son Poil de chameau dans Amélie Poulain : "13h12 Poil de chameau, 14h50 Poil de chameau, 16h17..."

Les élèves de 7 ans qui ne voient pas la lumière du jour, on croirait qu'on fait classe dans des caves à cause des bombardements. Et la demande de réponse dans la journée aussi, j'ai trouvé ça bon, je me suis dit que j'allais tout de suite faire passer l'information à notre service relation clientèle pour qu'il en informe son attaché diplomatique à la gestion de crise pour qu'il mobilise l'expert en tirage de rideau afin qu'il se mette en relation avec l'expert en lumière du jour. 

Et puis je me suis marrée et je l'ai fait écouter à plusieurs collègues. Ah c'est bon de rire parfois!

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Les cafards

Publié le 22 Mars 2017 par KRo

Hier, j'ai enfin trouvé comment donner l'alerte à tous mes collègues afin de déclencher le PPMS intrusion!

Ça fait des mois qu'on s'interroge, les sifflets, franchement, il n'y a pas mieux pour mettre en danger sa classe si on a réussi à ce que tout le monde se planque. L'alarme, type alarme centralisée incendie, il faut non seulement qu'elle soit dotée d'une autre sonnerie que celle de l'évacuation mais aussi qu'on puisse la déclencher de toutes les pièces de l'école donc cela signifie beaucoup d'investissements ... enfin bref, on n'a pas de solution, pour le moment, on sait se cacher mais on ne sait pas comment dire aux collègues qu'il faut le faire.

Mais là attention, hier soir, j'ai assisté à l'opération tous aux abris, dispersion immédiate des troupes, la plus rapide de l'ouest.

Le maître G s'est pointé, l'homme grenouille, il était vers 16h30 ou 17h, on était tout un groupe dans le couloir à se marrer et à décompresser et, toujours avec un œil qui surveille le chat et l'autre le barbecue, il a dit : "Il paraît qu'il y a une réunion vendredi concernant les élèves en difficultés?"

Et le temps que je réponde "Nan y'a une réunion pour les enseignants en difficultés." (oui parce que j'ai demandé à l'inspecteur qu'il veuille bien venir rendre visite à ses troupes sur le front pour constater qu'il nous faudrait un peu plus que quelques "tenez bon" ou "courage" pour qu'on arrive à finir cette année sans devenir complètement dépressifs), le temps que je réponde ça, j'ai vu tout le monde se carapater à une vitesse ... c'était impressionnant! Des cafards qui s'enfuient à toute allure quand tu allumes la lumière la nuit. VRRRROUCCHH

C'était énorme, chacun est parti de son côté, en étoile, sauve-qui-peut, chacun pour sa peau, ventre à terre, en quelques secondes le couloir était désert. Je me demande même si je n'ai pas vue une collègue s'aplatir comme une souris et passer sous une porte.

Moi j'ai terminé ma phrase et j'ai tourné illico les talons, retournant d'un pas vif dans ma classe sans me retourner.

Le gars c'est une alerte confinement à lui tout seul.

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Envahir la Pologne ou enculer Thérèse

Publié le 18 Mars 2017 par KRo

Anton est un enfant de 10 ans qui ne supporte pas ou plus aucune frustration. En a-t-il trop subi chez lui ou pas assez? C'est une question à laquelle je ne sais pas répondre mais ce qui est sûr c'est qu'actuellement, n'importe quelle personne autour de lui est susceptible de lui déclencher une frustration telle qu'il ne peut la supporter.

C'est compliqué du coup : un enseignant en classe ou dans la cour lui dit "Ne fais pas ça.", il s'énerve; On lui demande de s'asseoir, d'entrer ou de sortir d'une pièce, il s'énerve; Un élève devant lui ne lui tient pas la porte, il s'énerve; Ce n'est pas lui qui est interrogé alors qu'il lève le doigt, il s'énerve; Il fait UNE erreur dans un exercice, il s'énerve ... Enfin bref, il est tout le temps énervé. Tout le temps. Et du coup, s'il était en classe, il en sort et s'il était dans la cour, il retourne se cacher en classe. Si on lui demande de rentrer dans mon bureau ou dans la classe, il s'accroche au mobilier à l'extérieur ou à la rambarde de l'escalier pour ne pas rentrer et aux tables de la classe pour ne pas sortir. C'est pénible.

Et puis, comme il doit considérer qu'il n'est pas assez énervé comme ça, Anton est aussi dans la provocation. Pour être sûr de trouver des occasions de se faire réprimander, des fois qu'on passerait un quart de journée tranquille (oui je dis un quart parce que de toutes les façons, dès qu'il va en récréation c'est mort, là c'est frustration sur frustration, d'ailleurs sa mère me l'a dit : "La psy est d'accord avec moi, on ne fait que le frustrer dans cette école!"). Cet enfant a été élevé pour être un dictateur mais malheureusement l'intendance ne suit pas que voulez-vous. Je ne vois qu'une solution, il faut qu'il s'achète un pays.

En attendant de savoir à quelle date exacte il va envahir la Pologne, jeudi, Anton, encore une fois frustré par sa maîtresse, Thérèse Lafaille, a écrit sur un post-it : "Je l'encule, elle !!!"
Et il a exhibé ce post-it fièrement devant toute la classe.

Et moi le soir, je me suis retrouvée à dire à l'Inspecteur au téléphone : "Hey, M'sieur Pierre, y'a en élève très malpoli qui a écrit sur un post-it qu'il voulait enculer Thérèse!". Toute ressemblance avec une scène du "Père Noël est une ordure" n'étant pas tout à fait fortuite.

Franchement, le lendemain, la psy scolaire m'a proposé de rencontrer Anton ensemble, pendant un moment calme pour trouver avec lui des solutions pour qu'il évite de s'énerver et aussi des façons de réparer le mal qu'il fait quand il déborde. Alors on s'est retrouvées toutes les deux avec Anton autour de la table. Elle, elle parlait doucement, lui expliquait les choses, peut-être pouvait-il aller se calmer dans un coin de classe, prendre un livre, écrire ce qui le met en colère ou s'y reposer ... Lui avait la tête tournée, tout chafouin, il n'a pas sorti un mot ni même un son pendant 20 minutes. Et moi, moi je n'avais qu'une seule envie, lui demander le plus tranquillement du monde : "Alors comme ça tu souhaites enculer Mme Lafaille? Alors comment on s'organise? On te permet de faire ça dans un coin de la classe ou bien préfères-tu avoir accès au placard à matériel d'EPS? Et ces tendances gérontophiles tu en as parlé déjà? Elle en dit quoi maman?"

 

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Ça commence comme un rêve d'enfant

Publié le 15 Mars 2017 par KRo

Ça commence comme un coup d'pied d'enfant
Que t'as pas vu venir
En plein dans ton tibia

Toi et moi, on s'en va appeler
Ton père sur le champ

Et lui parler de toi

Si tout change
Et s'arrange
Il y aura du bonheur pour toi
Et pour nous
Tu verras

Ça ressemble à un appel de merde
On croit qu'c'est un cauchemar
Et ça n'en finit pas

Le papa, n' sert à rien, le gosse l'envoie chier
Ou se barre en courant
Et ça dure 20 minutes

Si rien n'change
Ni n's'arrange
Il y aura des emmerdes pour toi
Et pour nous
Tu verras

Ça commence comme une crise d'enfant
On n'en voit pas le bout
Mais que c'est éprouvant ...

Merci à Julien Clerc pour ce moment de légèreté, vous trouverez l'original de cette chanson en cliquant sur ce lien.

D'abord on a passé du temps avec l'AVS dans mon bureau pour qu'il se calme, peine perdue. Gustavo dit sans cesse des choses du genre : "Tu me fais chier. Je vais t'emmerder jusqu'au bout. T'as pas fini. Je fais ce que je veux. NAN, C'EST TOI QUI TE CALME! C'est moi qui décide. FERME-LA! Je vais continuer. ENFOIREE!" Impossible de lui trouver un endroit où il va se poser, si je ne le retiens pas ou si l'AVS ne le ceinture pas, il commence à foutre en l'air tous les papiers sur mon bureau, monte debout sur les chaises, donne des coups de pieds, de poing, de tête dans tous les sens. On essaye de le contenir sans lui faire mal mais c'est extrêmement difficile. Toi ça te met dans une tension insoutenable parce que tes tripes te disent "Eclate-lui la tronche une bonne fois à Golum, qu'il comprenne qu'il faut qu'il arrête les coups et les insultes à répétition, qu'il comprenne qui est le roi de cette saloperie de jungle!" et ton cerveau te hurle "Zen, soyons zen, c'est un gosse, c'est un gosse et tu es l'adulte responsable de cette pièce." 

Après on a appelé le père avec le portable de la maîtresse, Alberta Tomba-la-Bomba (oui parce qu'auparavant, Alberta, l'avait appelé avec le téléphone de l'école parce que Gustavo se mettait en danger en montant sur les murs d'enceinte de la cour mais il s'était barré avec le téléphone à l'autre bout dès qu'elle lui avait passé son père pour le "raisonner" ou peut être le faire résonner on ne sait pas. Peut-être qu'il ne fallait pas lui passer le combiné mais le frapper avec pour voir si on obtenait un meilleur résultat. Et donc plus de téléphone, il avait dû le faire tomber ou je ne sais quoi mais celui-ci refusait de fonctionner à ce moment-là).

Et donc nous voilà, moi tenant le téléphone mis sur haut-parleur, l'AVS alternant les tentatives d'immobilisation du môme et les moments de pause où systématiquement il se barrait en courant. Le père avait un discours complètement naze et inefficace. Le gosse, quand il daignait répondre, disait des trucs du type : "Ça va j'suis pas sourd! La directrice me fait chier. J'fais c'que j'veux." Le père répondait :  "Il ne faut pas que tu me répondes comme ça. Oui, mais il y a d'autres mots pour le dire (ben tiens). Non, c'est comme à la maison il y a des règles (c'est c'la oui)." Et de temps à autres, je reprenais l'appareil pour dire que Gustavo était parti. Un moment il s'est même rebarré en classe, je me suis retrouvée avec le père sur haut-parleur, au milieu des mômes et d'Alberta qui essayait de les faire bosser bien que s'interrompant pour dire à Gustavo que son père était toujours au téléphone et n'avait pas fini de lui parler. Elle m'a dit : "Ah ça, j'avais jamais vécu ça, c'est une première." Elle, je peux vous dire qu'elle a du mérite de supporter cet immonde gnome et ses horribles parents depuis le début de l'année.

C'était surréaliste. Complètement délirant.

Et à un moment où je disais à nouveau au père que son rejeton venait de se barrer en courant, il m'a dit :

- Bon écoutez, je suis au travail.

- Nous aussi monsieur.

- Oui, bon, moi quand j'ai un problème au travail je n'appelle pas à droite à gauche!

- Euh, ça reste votre enfant monsieur!

- Oui mais il est confié à l'Education Nationale.

J'étais épuisée nerveusement ce matin, ça faisait près d'une heure que j'étais empêchée de faire mon boulot et je n'ai pas eu la répartie de lui dire que je n'avais pas de problème avec mon travail mais avec son enfant, que j'étais directrice d'école et pas de chenil et que ce n'est pas à l'éducation nationale mais à la médecine qu'il fallait qu'il confie sa monstrueuse descendance.

Quel enfer! Et dire qu'à l'inspection ils trouvent que dans cette école on ne communique pas assez avec les parents. Sans déconner! J'en ai pleuré d'épuisement, de dégoût et de rage.

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