Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
makarotte.com

Il va falloir se serrer les fesses

Publié le 26 Avril 2017 par KRo

Jusqu'à 16h, la journée se passait pour moi sans réel accroc. Et puis ...

Je reviens de la salle informatique avec ma classe et croise en plein couloir Gustavo, immonde cloporte, bouche pincée, yeux exorbités, mains serrées sur le guidon du vélo sur lequel il est juché et dont il ne veut pas descendre alors qu'il est à l'intérieur. De part et d'autre, parlementent sa maîtresse Alberta Bomba hyper calme mais ferme, son AVS qui n'en peut plus de se prendre des coups tous les jours et une autre collègue, Mme Dupuy, mousqueton engagé, prête à parer en cas de besoin.

Je laisse avancer ma classe et j'y vais moi aussi, j'aide Alberta à faire descendre l'Immonde de son vélo en lui prenant le pied droit et là, dès le vélo extirpé par l'AVS, je prends un violent coup de pied dans le tibia gauche. Une seconde plus tard, mon stress étant monté d'un coup, je suis assise sur ses jambes, lui est allongé au sol, je tiens un de ses bras, l'autre est tenu par Alberta qui lui enlève aussi ses chaussures parce que ça fait moins mal, ma montre a volé par terre je ne sais pas trop comment (gérer un gamin dans cet état c'est comme rentrer dans un long toboggan tunnel, les choses avancent mais leur perception est confuse) et il gueule : "T'as qu'à creuver grosse conne!" puis "Grosse conne" à de multiples reprises, de façon à ce que tout le monde en profite bien. Je me relève, il est toujours au sol, il attrape les cheveux d'Alberta si fort qu'elle a la tête à 20 cm du sol, je ne sais plus quoi faire. Elle finit par arriver à le porter jusqu'à sa classe.

17h, je reçois les résultats non officiels du mouvement (en langage de profane ça veut dire les changements d'écoles qui seront officialisés la semaine prochaine après vérification par les syndicats qui sont aussi nos représentants du personnels) : mes cops, Mme Dupuy et Mme Cédepé ont obtenu les postes demandés dans d'autres écoles, loin de nos locaux construits sur un cimetière indien sacré et des familles qui finiront par avoir notre peau. C'est sans doute bien pour elles, mais pour nous PUNAISE, c'est le dégoût. En plus, Thérèse Lafaille, elle, elle va rester du coup puisque des postes se libèrent chez nous. Louche de merde et re louche de merde. La double peine.

Alberta (dite la-touffe-en-moins depuis l'épisode des cheveux) m'appelle, dans le dégoût elle aussi, elle s'embrouille et me sort cette jolie expression mixant "se serrer les coudes" et "serrer les fesses" : Bon ben l'année prochaine va falloir se serrer les fesses. J'adore! J'adore la poésie de cette nouvelle locution, j'y trouve en plus, d'une certaine façon, l'expression féminine d'une entraide dans les moments difficiles. Petit bonheur.

Je vais au sport, en sortant, il est tard, ma voiture est garée un peu loin, là où j'ai trouvé de la place en arrivant, je la retrouve avec les vitres latérales gauches explosées, y'a du verre partout à l'intérieur, le pare-brise aussi a été fracassé. Allez, paroles de Coluche de circonstances : 

"Je clignote au bord de l’autoroute
J’ai pas fini de vomir ma bière
Le soleil en a rien à foutre
Mon estomac fait sa prière

Trop d’amour me pèse
Toi tu me quittes sans rigoler
C’est comme si j’avais avalé une chaise
Il faut beaucoup que je boive pour digérer

T’en fais pas c’est pas la fin du monde
D’autres filles passeront sous les ponts
Et la nature que le soleil immonde
Nous rechante chaque fois sa chanson

[...]

J’ai la boule coincée dans mon flip
Y manquerait plus qu’un oiseau me chie d'ssus"

 

Ce matin, après que Gustavo a frappé sa maîtresse, l'a insulté et lui a tiré de nouveau les cheveux, elle l'a mis dans le couloir avec son AVS. Comme j'entendais que cette dernière n'arrivait pas à s'en sortir avec la Raclure, je m'y suis collée et je me suis retrouvée à le tenir par une cheville dans le couloir pendant très très longtemps, 20 ou 30 minutes je dirai, pendant qu'il vociférait. Mais ceci étant dit, c'était un bon plan parce que comme c'est une crevette, en le tenant ainsi, je pouvais l'éloigner de moi quand il cherchait à me frapper avec ses poings ou son autre pied, j'avais une main libre pour le faire lâcher quand il tentait de faire casser mon bracelet en tirant dessus comme un âne et quand il essayait de taper son AVS ou de se s'agripper à ses jambes, je pouvais légèrement tirer sa cheville vers l'arrière pour l'en écarter. Il s'est pété plusieurs fois la gueule en essayant désespérément de m'atteindre debout sur un pied, j'ai quand même amorti ses chutes en le soulevant par la cheville, il s'est sans doute fait mal à force de tirer et de se retourner dans tous les sens, en tous les cas moi j'avais une bonne prise, loin des coups, et par conséquent j'étais hyper calme. Bon ça m'a fait les biceps et les triceps aussi, mais cette fois, c'est moi qui ai gagné la bataille.

Moi, mesdames et messieurs, je crois que l'esprit de cette nouvelle expression, nous pouvons tous le percevoir à l'aune de ce genre de situations. Elle a raison Alberta La Touffasse et d'ailleurs, je souhaiterais ici, devant vous, énoncer fièrement que se serrer les fesses, y'a que ça qui fonctionne!

Lire la suite