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makarotte.com

On a de la marge

Publié le 21 Novembre 2015 par KRo

C'est bientôt l'heure de la sortie, Mme Cédepé remarque dans la rue une mère d'élève qui louvoie tantôt sur le trottoir, tantôt oups sur la chaussée, atteindra-t-elle le portail de l'autre côté de l'école?

Oui, elle y est arrivée. On a ouvert le portail et, avertie, Mme Tomba-la-Bomba, s'est élancée en repérage, nez renifleur aux aguets, elle a fendu la foule des parents pour tourner tout autour. Mme Cédepé la rejoint, je la suis.

La dame en question ne tient pas debout, mais pas debout du tout. Il est 16h30 et elle confond la tête de sa gamine avec un pommeau (de Normandie) de canne. Elle a pris soin de mettre ses lunettes de soleil mais il ne fait pas si beau. Elle tremble comme si elle était debout dans le métro. Elle répond aux questions en gardant la bouche quasiment fermée comme si elle allait vomir, mais c'est sans doute juste pour éviter d'embaumer l'assistance. Elle paraît avoir 70 ans alors qu'elle doit en avoir environ 40, toute la peau de son visage est descendue façon bajoues de bouledogue. Elle est toute rouge.

Je lui demande si elle va bien. Elle me répond immédiatement qu'elle prend un traitement. Je lui dis qu'elle n'a pas l'air d'être en forme et lui propose de venir un peu s'asseoir dans mon bureau. Elle accepte et m'agrippe le bras comme ma grand-mère qui a 90 ans. On rentre.

Une fois assise dans le bureau, elle exprime son immense détresse, sa fatigue, sa dépression. Je m'assure du fait que quelqu'un sera là pour s'occuper des enfants le soir, je lui propose de la raccompagner chez elle à pied. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle habite à côté, moi je crains qu'elle s'écroule dans la rue. Quelques minutes après finalement c'est une voisine parente d'élèves elle-aussi qui prend le relais.

Avec Mme Cédepé, on retourne dans mon bureau et WOUCH, on est assaillies par une odeur d'alcool dégueulasse. Je n'avais pas réalisé mais ça pue un max, on ouvre la fenêtre, je laisse la porte ouverte et vais bosser ailleurs pendant une demi-heure. Mme Cédepé, elle, mange un truc parce que rien qu'avec l'odeur, son estomac s'est retourné.

Je reviens une demi-heure après, ça sent toujours une forte odeur de gnôle, je me demande ce qu'elle a bien pu ingurgiter, je penche pour du Kirsch parce que l'atmosphère reste assez sucrée dégueulasse, je me demande si elle s'est pas envoyé son parfum aussi. Ou alors elle a pris un truc pour l'haleine après avoir picolé, bref, on dirait que quelqu'un a vomi derrière les sapinettes!

Encore plus tard, Mme S passe dans le bureau, je lui fais part du fait que l'odeur me fout la gerbe, elle acquiesce, je regarde l'heure et constate que la mère d'élève a quitté mon bureau il y a déjà 1h. C'est dingue, 1h après, malgré la fenêtre et la porte ouvertes, l'odeur est encore là, je n'avais encore jamais vécu ça. Enfin si soyons honnête, je l'ai peut-être déjà vécu mais comme il était 4h du mat et que j'étais déguisée en poule ou en Yvette Horner, voire même en poule qui aurait scalpé Yvette Horner, je n'étais pas forcément assez fraîche pour l'analyser. Alors que là, à 17h30, dans mon bureau, j'ai tout le loisir d'apprécier l'incongruité de cette fragrance d'ambiance.

Le bon côté des choses c'est qu'on a de la marge du point de vue de la picole du coup, c'est rassurant (oui je suis une fille positive!). Le mauvais côté, c'est qu'il va falloir batailler et rebatailler pour empêcher cette maman d'accompagner une sortie scolaire la semaine prochaine sans pour autant lui enfoncer la tête sous l'eau-de-vie. On n'est pas des travailleurs sociaux mais la société elle, elle s'en fout, elle s'invite quand même quand elle veut à l'école avec son petit caddie d'emmerdes et toute sa misère qui pendouille.

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