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makarotte.com

Ecole, rire et râleries.

What else?

Publié le 24 Novembre 2019 par KRo

Il y a la maman qui laisse un message pour dire que son gamin à un rendez-vous médical l'après-midi, qu'elle a oublié d'écrire un mot sur le cahier de liaison de son fils mais aimerait que nous, on la rappelle pour lui confirmer qu'on a bien eu son message.  Ce genre de message c'est ma secrétaire qui s'en charge. Moi je suis en classe toute la journée ce jour là, ce n'est pas un scoop, je le dis même sur le répondeur de l'école, donc je ne vais pas la rappeler hein. Mais ma secrétaire, quelle feignasse celle là, elle ne l'a pas rappelée la dame, alors j'ai eu le droit à 3 autres messages de plus en plus énervés parce que la dame n'avait pas que ça à faire. En même temps, si elle veut venir le chercher son fils, elle vient et puis voilà, on ne va pas l'empêcher de le prendre, c'est son fils. Au pire, la classe est en sport et ma secrétaire l'en informera quand la dame sonnerie au portail, les installations sportives sont à 5 minutes à pied, elle pourra toujours aller l'y chercher. Mais ma secrétaire, quelle nulle ... ah ben non au fait, je n'ai pas de secrétaire.

Il y a la maman qui nous demande si on peut encaisser le chèque des photos scolaires en différé (oui!), qui nous fait passer les bons de commandes pour ses enfants sans chèque (ah?), qui explique que c'est son mari qui a le chéquier et que promis promis elle nous fait passer le chèque lundi alors que les commandes étaient à rendre au plus tard vendredi, et qui le lundi suivant finalement me donne un billet de 10 euros et me dit que son mari a oublié de lui laisser son chéquier en partant au travail alors finalement elle ne va prendre qu'une partie de la commande (elle me prend pour un pompiste elle, vous m'en mettrez pour 10 euros!).

Il y a la maman qui téléphone pour savoir comment faire pour avoir la copie des bulletins de l'an dernier de son fils mais qui ne donne pas de nom. Je finis par comprendre qu'il ne s'agit pas d'un ancien élève mais bien d'un élève toujours dans l'école et lui dit qu'il suffit qu'elle en fasse la demande à l'enseignante dans le cahier de liaison. Je fais passer l'info à la collègue qui entre temps a eu le papa au téléphone parce que le gamin est absent sans qu'on ne sache pourquoi donc elle a été obligée d'appeler la famille et le papa lui a demandé aussi la copie des bulletins. Nous sommes donc 2 à leur avoir dit aussi que les copies seraient faites dès que possible et mises dans le cahier du gamin. En plein après-midi le père se pointe pour venir les chercher, je suis en classe et donc je suis obligée de lui expliquer qu'il va falloir être patient parce que la maîtresse de son fils elle aussi est en classe, donc elle fera les photocopies quand elle n'y sera plus. Il était étonné le gars. Comment ça il n'y a pas de service de reproduction rapide dans cette école? Et les gens du secrétariat alors, qu'est-ce qu'ils foutent de leurs journées, je veux dire à part répondre au téléphone de temps en temps et ne même pas rappeler, et expliquer des trucs à travers l'interphone du portail?

Il y a le papa d'un gamin de Maternelle qui sonne à mon portail et voudrait que le lui ouvre pour qu'il passe par mes locaux pour aller chercher son gamin dans l'école d'à côté parce qu'il a sonné et que la secrétaire de ma collègue de Maternelle est tout aussi nulle que la mienne, même pas elle répond au premier coup de sonnette. Moi je suis en réunion, je ne vais pas ouvrir à un inconnu puis l'accompagner à travers tous les locaux jusqu'à la bonne classe de Maternelle alors qu'il lui suffit d'être patient et de sonner à nouveau à côté! Oui mais je suis sorti du boulot exprès plus tôt moi et ça répond pas! Et bien réessayez monsieur (moi aussi je travaille voyez-vous, je suis occupée là)! Mais qu'est-ce que ça vous coûte de me laisser entrer? Mais enfin, Vigipirate bordel de merde, ça vous parle?!

Et puis jeudi après-midi il y a eu le papa de Léven (ainsi prénommé m'a-t-il expliqué, parce que sa mère avait beaucoup aimé le film avec George Clooney et Brad Pitt, "Ochéeun et Léven", mais si mais si, véridique) qui a décidé de passer 15 minutes avant la sortie des classes pour récupérer le vélo qui traînait sous l'abri à vélo depuis juin. Oui, là d'un coup, il a trouvé qu'il était urgent de venir le chercher et que ça ne pouvait pas attendre l'heure de la sortie, donc ce monsieur bien comme il faut dont je vous avais déjà parlé a sonné mais ce n'est pas moi qui, exceptionnellement cette fois là, avait le combiné de l'interphone et ma collègue n'a pas entendu ou pas répondu assez vite alors il a été s'adresser aux collègues de la Maternelle qui étaient dans leur cour de récréation. Moi je lui aurais dit de patienter 15 min, mais là, il y en a une qui a voulue être sympa (faut pas, faut pas être sympa dans ce genre de situation, les gens sont des piranhas, ils te bouffent), alors elle est venue jusque dans ma classe pour me demander si je reconnaissais ce monsieur et si elle pouvait le laisser récupérer le vélo tout ça alors que j'étais en pleine séance d'histoire. Sans déconner, le gars avait attendu 4 mois pour récupérer le vélo mais ne pouvait attendre 15 minutes de plus.

C'est sans fin ... C'est pourquoi je pense que vous me comprendrez si je vous dis que les gens me font chier.

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Tapabilité

Publié le 17 Octobre 2019 par KRo

Tapabilité : 1. Capacité hypothétique à se faire taper. 2. Aptitude manifeste à donner envie aux autres de le taper.

La tapabilité, c'est l'argument ultime des parents qui sont venus chercher des poux dans la tête de la directrice et qui n'ont pas gagné. Le truc lancé quand la conversation se termine et qu'ils n'ont pas obtenu gain de cause alors qu'ils étaient dans leur bon droit. Par exemple, ils voulaient qu'on leur ouvre la porte à eux, même s'ils sont en retard régulièrement (" ... mais j'habite loin madame et il y a des travaux sur la route et le policier municipal ne veut pas que je me gare sur le passage piéton alors que j'ai un fourgon, c'est pas facile à garer..."), ou alors ils aimeraient bien qu'on lynche le gamin qui a fait un doigt d'honneur à leur rejeton mais en revanche lui trouvent mille excuses pour ne pas faire plus d'effort sur son éducation ("il est de fin d'année", "il est complexé par sa taille", "il doit être en hypoglycémie", "il est Asperger", "il est hyper sensible", "il ne supporte pas l'injustice") et du coup le môme est odieux 5 jours sur 5 et 24h par semaine (oui parce que lui on ne le prend pas en aide pédagogique complémentaire même s'il s'avère qu'il est con comme son slip, parce que non, ni nous ni les autres ne sommes en capacité de le supporter ne serait-ce qu'une minute de plus).

Donc en fin de conversation, quand les parents réalisent qu'ils pensaient régler ça vite fait ("J'vais lui parler moi à la directrice et on va voir ce qu'on va voir") et qu'en fait ils repartent broucouilles, certains ont une sorte de réflexe de survie pour éviter la décompensation psychotique et pouvoir partir fiers voire même un peu hautains. Ils lancent "et en plus, il se fait taper" ou "et ça recommence ... il se fait taper" l'air de vous asséner que vous êtes une incapable, et qu'ils ont bien eu raison de venir se plaindre parce que votre école est vraiment très mal gérée puisque chouchou se faire clairement harceler depuis des mois, voire des années, et que vous ne faites rien ou en tous les cas rien de très efficace "hhun, hun, uhm" (son qui accompagne leur petit air suffisant et qui est la traduction adulte de "nananananère").

C'est la tapabilité. La probabilité que toute personne (enfin surtout chouchou) puisse un jour se prendre un coup. Pas forcément un gros coup de poing dans la gueule, non non, la possibilité de se faire pousser dans la cour, de prendre un coup de coude par un voisin qui joue, de tomber en courant, de trouer son pantalon, d'avoir un bleu ... Et ça c'est imparable, tu peux le balancer, comme ça à brûle-pourpoint, même si jamais après enquête on te démontre qu'en fait ton gosse est un chieur et qu'on se demande comment il ne prend pas plus de mandales de la part des autres, c'est un fait, il sera revenu à la maison au moins un soir avec une réponse positive à ta question : "Alors, est-ce qu'on t'a embêté à l'école aujourd'hui?".

Après ... il y a l'autre versant de la tapabilité qui est cette faculté incroyable que certains enfants ont à pousser les autres, et notamment leurs enseignants successifs, à avoir envie de les taper. Exemple illustrant la définition : La maîtresse montre une capacité étonnante à rester sereine face à l'importante tapabilité de Mathéo.

Moi je crois que les parents devraient plutôt se soucier du second sens de la tapabilité avant de l'invoquer à tout bout de champ.

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REDRUM

Publié le 14 Octobre 2019 par KRo

L'enseignante me dit que cet élève la touche. Il touche aussi son AVS, il les regarde droit dans les yeux, esquisse un rictus et pose sa main de petit vicelard sur le sexe des adultes qui l'ont en charge ou bien sur leur seins. En plus, il récidive souvent ...

Au secours! 

La collègue ne sait pas quoi faire, le gamin est handicapé ... l'AVS a les yeux qui lui sortent de la tête quand elle vient m'en parler. C'est inadmissible! Handicapé ou pas, toucher le corps de l'autre qui n'en a pas envie et surtout à ces endroits là, c'est NON! Il ne lui ont pas expliqué ses parents à ce gosse? 

Punaise mais c'est une école ici, une école! Ils nous font chier avec leur loi de 2005, inclure davantage d'élèves porteurs de handicaps, on est tous d'accord, mais pas tous les enfants quel que soit leur handicap et sans moyens techniques, ni médicaux, ni formation supplémentaire. Merde à la fin! Une école, une école, pas un asile.

Moi je ne suis pas équipée pour faire face à ce genre de gosses. Je ne sais pas faire et les collègues non plus. Et n'oublions pas que pendant ce temps là, il faut qu'on enseigne des choses à tous les autres élèves des classes. On n'est pas des éducateurs spécialisés, on n'est pas des infirmiers psychiatriques, ce n'est pas notre métier et du boulot on en a, on a un programme à boucler.

Bref, je dis à la collègue de mettre un mot pour prévenir les parents, signifie fermement au gamin qu'il ne doit pas faire ça et lui indique que s'il recommence à nouveau, il sera puni dans ma classe (histoire de laisser sa maîtresse et son AVS souffler).

Dans la demi-heure qui a suivi, il a recommencé. La collègue me l'a amené. Je l'ai fait asseoir près du tableau dans ma classe, on était en pleine séance d'histoire. Punaise ... j'ai cru que je n'allais pas y arriver. Le gamin s'est mis à marmonner des mots, enfin des sons ou plutôt des borborygmes, c'était affreux. J'avais l'impression d'avoir à côté de moi le gosse qui dit "Redrum" dans Shinning. En plus, il déplaçait sa chaise dans la pièce dès que je le quittais des yeux. Donc moi, j'essayais de mener mon cours mais j'avais du mal, mes élèves aussi forcément, et l'autre, Belzébuth, il disait des mots incompréhensibles tout en se traînant ... flippant! J'ai remis Belzébuth à sa place initiale au moins 10 fois, conjuré mes élèves de ne pas rire ni en rajouter. Ils se marraient et en même temps étaient perplexes puis se sont agacés parce que ça ne s'arrêtait pas. A un moment, il y en a un qui m'a dit "Tu devrais l'attacher, maîtresse!", j'ai répondu "Je vais plutôt lui enfoncer un pieu dans le cœur!", nan, j'ai répondu que je ne pouvais pas faire ça, parce que, même si ce n'était pas flagrant à ce moment là, c'était un enfant. N'empêche que si j'avais eu un peu d'eau bénite sur moi et que je l'en avais aspergé, je pense qu'à ce moment là, il m'aurait dit que ça le brûlait, c'est sûr!

C'est le genre de moments où seule la cloche peut non sauver, nous libérer et elle a fini par sonner la fin de la journée.

Quel enfer ce môme. Quant à ses parents, ils n'ont pas jugé bon de s'excuser ou du moins de prier la maîtresse et l'AVS de bien vouloir excuser les gestes inappropriés de leur fils. Ils ont simplement écrit qu'il faisait pareil avec sa grande sœur (aaaahhhhh et bien nous voilà bien rassurées!) et qu'en général il faisait ça quand il avait été contraint à faire quelque chose donc sans doute l'avions nous contrarié. Ah mais oui, je vous le confirme, l'école pour un enfant comme lui ce n'est que ça, de la contrainte. Nous on cherche à lui apprendre des choses (des choses de petite section alors qu'il est en CP soit dit en passant) et des règles et lui il ne veut que jouer avec sa voiture sur les murs, s'accrocher au grillage de la cour et toucher le sexe des femmes qui l'entourent donc oui, oui, il y a plus d'un moment où on a dû le contrarier!

M'en vais ajouter de l’ail dans la malette PPMS moi, un crucifix ou de l'eau bénite dans une école laïque, c'est compliqué à justifier, mais de l'ail ... c'est vermifuge en plus ... je m'égare là, je m'égare, ça c'est contre les vampires, ou les vers dans son cul, si on doit rester coincé avec Belzébuth pendant des heures en attendant le GIGN, vaut mieux que je me remette au latin pour tenter des prières qui le repousseront en lui faisant tourner la tête à 360 degrés.

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Ki ka le plus gros kiki?

Publié le 13 Octobre 2019 par KRo

Le jour de l'enterrement de Christine Renon, notre collègue directrice qui s'est suicidée dans son école parce qu'elle n'en pouvait plus, certains ont fait grève, d'autres, comme nous, étaient en noir, en signe de deuil. On avait fait coller un mot dans les cahiers de liaison des élèves pour expliquer aux parents le pourquoi de notre geste.

Les parents ont signé, quelques uns même ont mis un petit mot de soutien, mais figurez-vous qu'un père d'élève, fonctionnaire de son état, policier, donc conscient malheureusement que le travail peut pousser les fonctionnaires au suicide sans que ça ne dérange plus que ça dans les ministères, un pair donc, que bêtement nous aurions pu penser assurément solidaire, a ressenti le besoin de nous cracher à la gueule toute son animosité sur un peu plus d'une page de cahier de liaison.

Le gars était indigné dis donc! Quoi? On se plaignait des conditions de travail qui peuvent pousser une personne à se donner la mort alors que 50 policiers s'étaient déjà suicidés depuis le début de l'année, c'est une honte! Moi franchement, quand la collègue m'a montré ce mot, je me suis demandée s'il fallait en rire ou être choquée. "50 morts dites-vous? Mais monsieur, selon la police ou selon les syndicats?"

Je ne savais pas que dans ce genre de situation, il fallait qu'on compare, qu'on joue à celui qui pisse le plus loin. "D'après-vous, monsieur, à partir de combien de morts sur leur lieu de travail, a-t-on le droit de trouver cela inadmissible?"; "Est-ce qu'un fonctionnaire à temps partiel ou une directrice avec des jours de décharge compte comme un mort de trop ou bien un demi-mort?"; "Est-ce que, d'après vous, la mort permet de mieux encaisser la connerie des vivants?"

Le gars était rageur, pour nous punir d'avoir mis un tel message dans le cahier de liaison de son fils, il nous a menacé d'en mettre un lui aussi (vous n'avez pas intérêt à recommencer, sinon) la prochaine fois qu'un autre policier mettrait fin à ses jours! Je n'ai pas vérifié depuis s'il l'avait fait, vu qu'hélas je crois que les comptes se sont alourdis. 

Finalement, la collègue a proposé de répondre un "vu" (pas un vu classique non, un de ces vus efficaces et chargés de mille sens), qu'il se démerde avec.

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