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makarotte.com

Ecole, rire et râleries.

Pédagogie parentale

Publié le 11 Juin 2022 par makarotte.com

L'autre soir j'étais en rendez-vous avec 2 mères d'élèves de CE1, les représentants élus des parents d'élèves, le directeur du CLAE et les enseignantes de la classe pour faire le point parce qu'il y a quelques jours 2 gamines ont fait semblant de voir leurs parents au portail à l'heure de la sortie et se sont barrées. Bref, à 7 ou 8 ans elles ont fait le mur en quelque sorte, "fait le portail" peut-être pourrait-on dire puisqu'elles ont juste menti d'un "J'ai vu Maman" ou "J'ai vu Papa" et voilà. Elles ne sont pas descendues par la fenêtre du 2ème étage en rappel, elles n'ont pas rampé dans le noir à travers tout le jardin pour sortir et aller en boîte, pas parcouru les couloirs sur la pointe des pieds, chaussures à la main, rien d'acrobatique donc.

Moi ça m'a valu des entretiens avec les gosses le lendemain et des réunions supplémentaires avec plusieurs personnes ensuite dont celle de ce soir là.

Bon, on est là, on explique, on discute, on échange et puis une des deux mères dit que sa fille n'a aucune notion du danger extérieur et qu'"il faudrait qu'à l'école il y ait de la prévention sur ça!". Nous on en fait déjà hein mais on ne va pas non plus passer notre temps à leur dire que le monde extérieur est violent et dangereux parce que les gamins ont le droit de se sentir en sécurité tout de même et puis ce sont des enfants justement. On a déjà aussi un travail sur les dangers de la route, les dangers d'internet, le harcèlement, etc, etc ... on peut sans doute améliorer les choses mais c'est déjà pas mal.

De plus, une école élémentaire ce n'est pas un centre éducatif fermé non plus, les gamins savent très bien qu'ils peuvent en sortir en appuyant sur tel ou tel bouton, s'il y a le feu ou un besoin d'évacuation c'est quand même bien pratique. Mais tout le jeu justement c'est qu'ils restent avec nous de leur plein gré, même si parfois ils préfèreraient être ailleurs et nous aussi, le jeu c'est qu'ils savent qu'ils nous sont confiés et qu'on en est responsable et point. Même les gamins assez lourdement handicapés mentalement ou très légers intellectuellement que nous accueillons le savent très bien ça et ça fonctionne. Il est arrivé 1 fois qu'un se barre, bon et bien on a été le chercher dans la rue dans les secondes qui suivaient vu qu'on était à sa poursuite et ensuite il s'est fait engueuler par nous et par ses parents. Bref, une petite suée mais rien d'affolant.

Maintenant, si les gamins mentent, disent qu'ils voient un parent qui n'est pas là, j'suis pas certaine que ce soit tout à fait notre partie de l'éducation qui soit en jeu. 

C'est clair que ces gamines dans la nature ensuite, cela aurait pu avoir des conséquences grave, je ne le nie pas. Et je me doute que la mère qui est venue chercher sa fille au CLAE 1h30 plus tard et ne l'a pas trouvée à du flipper grave, mais le problème c'est peut-être que l'animateur du CLAE n'a pas fait l'appel ou bien a vu qu'il lui manquait 2 gamines mais ne s'est pas plus affolé que ça. C'est mon point de vue personnel. Les gamines mentent, se barrent et ceux qui les ont sur leurs listes à ce moment là ne s'en inquiètent pas dans les minutes qui suivent, je pense que le raté il est là tout de même.

Enfin bref, revenons à nos agnelles. Après avoir constaté que sa fille n'avait pas le sens du danger qui pouvait la guetter en passant une soirée dehors, pour le lui faire comprendre, cette maman nous a révélé en réunion qu'étant dépassée par les événements et ne sachant pas quoi faire pour convaincre sa fille qu'elle n'inventait pas des dangers irréels, une fois l'engueulade passée après l'avoir retrouvée le soir même, elle lui a montré ... (roulement de tambour) ... des photos de cadavres d'enfants! OUI MADAME! Des photos de cadavres d'enfants à sa gamine de 7 ans! Et puis elle lui a montré des photos de violeurs et de meurtriers aussi dont elle a relaté les sévices en lui lisant des articles trouvés sur le net : "Tu vois ce monsieur, il a l'air normal hein, il a l'air gentil, ben tu sais quoi, il a violé une petite fille!"

Une fois l'effroi passé, vous vous doutez bien que moi derrière, ma reprise de conversation sur le fait qu'à l'école, on commençait plutôt par les contes avec la figure de l'ogre ou du grand méchant loup ... c'était surréaliste!

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Le ball trap de fin d'année

Publié le 4 Juin 2022 par makarotte.com

Traditionnellement la fin d'année scolaire est une période physiquement et psychiquement difficile pour les enseignants. On a supporté toute l'année des gamins difficiles, on a encaissé les conneries du ministère les unes après les autres, on sait qu'on ne finira pas vraiment le programme comme on l'aurait voulu, il y a tout à terminer et en même temps il faut commencer à prévoir la rentrée, il fait 42 degrés dans les salles de classes et les élèves sentent du d'ssous de bras (ah non tiens ça cette fois-ci c'est moi, merde, quelle merde ce déo bio à la con) ...

Bref, les réunions de répartitions des prochaines classes et des répartitions des élèves dans ces futures classes sont toujours assez tendues : "On fait un CM1 à 30 avec 5 PPS dedans? Ou plutôt deux CM1-CM2 à 27 avec 3 PPS chacun?"

C'est tendu, tendu, chaque année c'est la même histoire ... tendu. Ça râle, ça chiale, ça revendique, ça s'envoie des piques ... c'est pas la joie mais on est obligé d'en passer par là, il faut bien faire des classes au bout du compte malgré toutes les contraintes et les éléments sur lesquels nous n'avons aucune prise.

Ça tire dans tous les coins et ça explose en vol quoi.

Et dans les classes en fin d'année, y'a ceux et celles qui serrent les dents avec les élèves qu'elles ne supportent plus, y'a ceux et celles qui sont la tête dans le guidon, on avance, on avance, on chialera la première semaine des vacances, y'a , je suppose, ceux et celles qui enseignent dans le métavers où les classes sont constituées de 20 élèves charmants, performants, et toujours à l'écoute, qui doivent sautiller sur des tapis de pétales de rose en riant légèrement tout en ayant au coin de l'âme une légère mélancolie parce que l'année s'achève et que leurs disciples vont donc partir vers d'autres maîtres, et puis y'a Evelyne.

Evelyne elle nous a fait une Claude François, traduisez, elle a sauté en l'air et elle s'est toute illuminée!

Evelyne qui apparemment présente un léger racisme aggravé par une poussée d'islamophobie nous a pété un plomb. Devant un groupe d'élèves qui ne voulaient pas chanter une chanson "parce que ça parle d'homosexuels et c'est pas bien", mais surtout à mon avis qui voulaient la provoquer et bien la faire chier parce qu'elle les a emmerdés toute l'année, plutôt que de gérer avec le combo explications laïcité et respect + c'est moi qui décide de ce qu'on fait en classe je ne vous demande pas votre avis sur les exercices que je vous donne à faire donc on y retourne, elle a dégoupillé. Les gamins, je le sais moi, j'ai eu certains parents au téléphone ensuite, ils n'ont aucun problème de compatibilité entre l'école et leur religion, dans le lot y'en a même qui je pense ne sont même pas musulmans. C'est juste qu'une classe de CM2, si tu la tiens pas par le truchement d'un savant mélange entre confiance mutuelle et fermeté rassurante, en fin d'année, elle te pète à la gueule! Alors si en plus t'as semé des graines d'exclusion ...

Evelyne donc elle a gueulé sur un groupe de 8 gamins, mais gueulé tellement fort (et moi je m'y connais en engueulade sonore donc il en faut des décibels pour me faire tiquer)  que je suis venue voir ce qu'il se passait. Bon j'ai réglé le truc rapidement avec les élèves les renvoyant rejoindre le groupe-classe, mais Evelyne, elle, je n'ai pas pu la ramener. Satellisée la dame. Elle disait des phrases incohérentes, on aurait dit un peu le sketch de Gad Elmaleh dans lequel il parle des engueulades par son père quand il était enfant sauf que là c'était pas drôle pour les mômes.

Bref, le soir même, elle est partie limite en roue arrière sur le parking tellement elle était encore énervée.

Le lendemain, j'ai demandé à lui parler parce que je sentais venir l'énorme vague de merdasses qui allait s'abattre sur nous avec les appels des parents, de l'Inspectrice, des représentants de parents et tout le toutim. Donc on a discuté, moi j'ai commencé par lui parler uniquement de la forme pour lui dire que là c'était trop, elle avait vraiment abusé et qu'il fallait qu'elle fasse un point là dessus avec les élèves pour faire redescendre la pression parce que sinon elle ne finirait pas l'année. Là dessus elle était d'accord. Et puis après je lui ai rapporté ce que m'avait dit un papa au téléphone le matin, outré des propos racistes et islamophobe qu'elle avait, selon sa fille, tenus la veille.

Bon, elle m'a répondu qu'elle n'avait pas dit ci ou ça, que la petite avait mal compris, ça je veux bien le croire parce que vu qu'elle disait tout et n'importe quoi, la gosse elle avait dû faire son propre tri et c'était pas jojo au final.
Mais elle m'a dit aussi qu'elle leur avait dit que :
- "leur religion était homophobe"
- "Roooh punaise mais pourquoi tu dis ce genre de truuuuucs" (ça c'est moi qui hallucine), "Pourquoi tu leur parles de religion?"
et aussi :
- "qu'on était à l'école française laïque et d'origine chrétienne"
- "??!" (ça c'est moi qui n'en crois pas mes oreilles) "Mais tu peux pas dire ça!"
- "Ah si, en plus on l'a vu en histoire justement!"
-  "?????!!!!" (ça c'est moi qui vient de me décrocher la mâchoire) "Mais non vraiment, ça c'est pas possible ça, tu peux pas dire çaaaaaaa" (ça c'est moi qui réalise qu'elle a dû bien leur enseigner de la merde et puis ben qu'est-ce que je peux y faire en fait là maintenant, en plus elle a l'air d'y tenir, c'est sans issue.)

Bon donc très clairement je n'ai pas fini de me coltiner les éclaboussures de merde moi maintenant ... va falloir être habile pour naviguer entre les parents qui vont crier parce que c'est inadmissible et ils auront raison, ceux qui sans même savoir ce qu'il s'est passé vont en profiter pour crier au blasphème ou au contraire à la radicalité, l'Inspectrice qui va vouloir que je rédige des rapports et des fiches et des signalements et de la paperasse à l'infini... Argh.

Tout ça juste parce que la dame est fatiguée, à bout, perdue, qu'elle n'est intellectuellement pas en capacité d'enseigner à des CM2 et qu'elle ne sait pas tenir une classe. Racisme et conflit sur le sujet de la religion là dans cette histoire, c'est juste un bon saupoudrage de merde sur la choucroute!

 

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Abstrus

Publié le 18 Avril 2022 par makarotte.com

Sonnerie du téléphone

- Ecole élémentaire

- Bonjour

- Bonjour

- Je voudrais savoir si la maîtresse de mon fils, Mme Lène, est encore absente demain?

- Oui.

- AH! Alors elle aura été absente toute la semaine!

- Presque, oui.

- Et bien il ne viendra pas!

Et elle raccroche.

Je ne sais pas qui est cette dame, je ne sais pas qui est son fils, pas de nom, rien, vraiment très intéressante cette conversation.

 

Message sur le répondeur : 

- C'est pour dire que mon fils ne sera pas là aujourd'hui à cause de la grève de la cantine.

Pas de nom, toujours pas de nom ... un bon message qui ne sert à rien.

 

Message sur le répondeur : 

- Bonjour, c'est pour dire qu'Aliyah ne sera pas là aujourd'hui.

Toujours pas de nom, pas d'indice sur la classe non plus, me voilà à la recherche d'une Aliyah manquante dans une classe. J'ai de la chance des Aliyah il n'y en a pas beaucoup, la fois où il a fallu se mettre en chasse d'une Léa absente j'ai capitulé.

 

Message sur le répondeur : 

- C'est le père de Enzo, je voudrais que la maîtresse me rappelle.

Pas de nom, pas de classe, pas de numéro. Franchement si ton plaisir dans la vie c'est de laisser des messages inutiles sur des répondeurs c'est bien senti, mais sinon ce serait pas mal de faire un petit effort quand même, je ne sais pas moi, prénomme ton gamin Vélomoteur au moins ce sera plus simple.

Allez, pour la peine, un petit son vintage :
"Je t'assure que je n'ai pas peur
Je n'ai pas non plus mal au cœur
Je n'suis même pas de méchante humeur
Mais je préfère les vélomoteurs
Qui font
pa papa papa pa papa papapa papa papa
papapa papa
pa papa papa pa papa papa pa papa papa
"

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Hystérie collective

Publié le 2 Avril 2022 par makarotte.com

Le premier avril dans une école élémentaire c'est toujours un peu foufou, les gamins sont excités, ils adOOOOrent pouvoir coller des petits poissons dans le dos de la maîtresse de façon toujours pas du tout discrète et celle qui laisse faire se retrouve dès la fin de la matinée, décorée comme un sapin de Noël. Bref, c'est électrique.

Chez nous hier, le feu de l'hystérie a pris en CM2 dès 9h du matin et s'est propagé à grande vitesse dans toutes les classes.

Evelyne, ma collègue, avait décidé de planquer toutes les chaises de sa classe pour faire croire à ses élèves que c'était une décision des services techniques. Quand elle a exposé son idée dans la salle des maîtres, juste avant la sonnerie, j'ai bien senti que c'était un plan à dérapages mais bon, c'était son idée, moi je me suis dit, mettons un peu de fantaisie dans nos vies après tout si elle le sent ...

Bon le problème c'est qu'Evelyne, sa classe même en dehors du 1er avril c'est déjà la foire. Alors là, dès 9h30 on les avait perdus. Elle leur a fait chercher les chaises partout dans l'école, et quand ils les ont récupérées j'ai même vu une élève dans le couloir répéter 5 fois en criant à 10 cm du visage d'Evelyne "Tu nous as menti!" alors qu'Evelyne continuait de nier. Bref son poisson d'avril a duré un peu trop longtemps quoi. Elle n'a pas su recadrer les élèves pour les remettre au boulot, ils n'ont eu plus qu'une envie, lui faire des tours. Bref, bref, bref, à la récréation avec une autre collègue on a chopé 13 gamins qui couraient dans les couloirs alors qu'ils sont censés être dans la cour et sous surveillance à ce moment là de la journée, apparemment ils voulaient aller se cacher dans la salle informatique qui est tout de même dans le second bâtiment à l'étage, donc loin. Quand je leur ai fait la morale et que je les ai punis, une partie des gamins étaient en chaussettes, certains s'étaient gribouillé des moustaches, ça ne sentait pas le retour au calme et à la modération et il n'était que 10h30.

Moi hier matin j'ai enchaîné les réunions d'équipes éducatives pas toujours faciles. Dans ces cas là je laisse le récepteur de l'interphone à une collègue, donc ça lui fait du dérangement évidemment, ce truc qui sonne plusieurs fois par heure. En plus, hier matin, évidemment il s'était encore mis à déconner donc on n'entendait rien, obligée de se déplacer. Au cours de la première réunion, elle est venue me chercher parce qu'un gamin lourdement autiste qui arrive en décalé venait de sonner or son AESH personnelle isolée pour cause de Covid n'était pas là et qu'on n'avait rien prévu parce que le gamin n'était pas venu de la semaine. Donc là, le gosse qui ne supporte pas les changements voyant cette adulte qu'il ne connaît pas venir lui ouvrir la porte, la pauvre, il lui a filé des coups de cartable et ensuite il s'est barré en courant dans l’école. J'ai donc quitté ma réunion, pour récupérer le gamin, moi il me connaît un petit peu, et pour trouver à l'arrachée une solution avec une autre AESH qui a laissé les gamins qu'elle aidait en plan.

Pour les autres collègues c'était assez le bazar aussi, avec 3 enseignants absents pour raisons médicales hier matin et non remplacés, merci monsieur Blanquer, chacune s'est retrouvée avec une dizaine d'élèves en plus dans sa classe (il faut savoir que dans ces cas là, tous n'ont pas de chaises, certains sont assis par terre ou dans le couloir ou la pièce à côté si elle est vide). En plus, quand on fait des réunions d'équipes éducatives, l'enseignant qui vient à la réunion répartit aussi ses élèves dans les autres classes, le temps de la réunion. Cela crée donc du mouvement, un va et vient de gamins qui arrivent avec leur trousse et leurs exercices à faire pendant que leur enseignante est occupée.

Au cours de la troisième réunion, je me suis fait verbalement agressée par l'éducatrice du CMPP, une grande première pour moi, jamais cela ne m'était arrivé de la part d'un professionnel. J'avais déjà eu à faire à des psychologues en libéral hostiles à l'école, des orthophonistes ou psychomotriciennes qui veulent imposer à l'enseignant des façons de faire alors qu'elles (c'est souvent des femmes) reçoivent les gamins en tête à tête pendant maximum une heure et que les enseignants ont le même gamin entouré de 27 autres qui eux aussi ont des particularités à gérer et ce pendant toute la journée, donc y'a des choses qu'on peut mettre en place et on est ravi d'avoir des propositions de remédiations, mais d'autres non. Mais ça là, la meuf qui me hurle dessus devant les parents et menace de se barrer de la réunion parce qu'elle n'est pas d'accord avec ce que j'écris dans le compte-rendu, sachant que je le relis et le modifie s’il le faut avant de le faire signer et que je n'avais fait qu'écrire ce qu'elle avait dit, à savoir que l'ARS a donné comme directive au CMPP de s'occuper des élèves de Maternelle et du Collège en priorité, ce qui est officiel hein, elle ne révélait pas ici le secret de la Solution finale. C'était hyper choquant. La bonne femme s'est même levée à la fin, quand j'ai dit que j'allais aller imprimer le document pour le faire signer à tous ensuite, pour passer derrière moi et lire par dessus mon épaule sur mon écran d'ordinateur portable et vérifier que j'avais bien, comme je venais de lui dire, enlevé la phrase qui l'avait mise en furie. Non mais... pour qui elle m'a pris elle... sa secrétaire? punaise, j'espère qu'elle ne parle pas comme ça à sa secrétaire, la pauvre... c'est pas hyper déplacé ça comme comportement? Bon ça m'a tellement sidéré que dans l'après-midi je lui ai envoyé un mail pour lui dire que son attitude avait été totalement inappropriée et j'ai mis l'inspectrice en copie parce qu'on n'est pas là pour se faire engueuler, merde!

Pendant la pause méridienne, pas de réunion, repas rapide comme d'habitude mais tranquille, petite pause normale dans une réalité qui dysfonctionne. Bon, Evelyne avait des poissons d'avril collés jusque dans ses cheveux, on aurait dû savoir que c'était un indicateur sur l'échelle de Richter.

Les gamins sont revenus de la cantine encore plus excités qu'ils n'y étaient partis, à 14h, ils ne criaient pas tous, mais tous étaient touchés. Beaucoup d'ailleurs portaient sur leur visage les stigmates de cette hystérie, barbouillés de moustaches et autres peintures de guerre. Pendant l'après-midi, j'ai entendu depuis mon bureau des salves de cris venant tour à tour de cette classe puis de l'autre. Mes collègues tentaient courageusement de contenir les monstres que la fièvre du premier avril avait créée. Il ne leur restait plus que les hurlements comme dispositif après avoir lâché sur tout le reste.

En point d'orgue de cette journée d'hystérie collective, Mme Coucoubleu a eu la joie de découvrir à 14h qu'un parent d'élève, sans l'avoir prévenue à l'avance hein, sinon c'est trop facile à prévoir dans son emploi du temps de la journée, souhaitait que son gamin fête son anniversaire en classe et avait pour cela apporté non seulement un énorme sac de bonbons, briquettes de jus de fruits et paquets de tartelettes mais également un énorme gâteau, multicouches, avec plein de crème et évidemment, pas d'assiettes, ni de cuillères. Alors juste avant la sortie, elle s'est mise à faire la distribution, au pas de course, les élèves se sont retrouvés avec l'équivalent d'une feuille de sopalin dans les mains, garnie d'une dégoulinante part de gâteau à la crème, à manger au doigt ou la tête dedans...

Allez, ensuite tous les gosses sont partis et puis, comme lorsqu'on a vécu une épreuve collective, j'ai retrouvé là, au milieu du hall, quelques collègues qui avaient besoin d'extérioriser un peu leur souffrance du jour, certaines avaient les traits tirés, les yeux écarquillés, hagardes, les épaules légèrement abaissées, je me demande si y'en avait pas une avec les cheveux en bataille, on a ri là de ce qui venait de se dérouler, à écouter les anecdotes des unes et des autres, contentes d'avoir survécu à ce tsunami frénétique et de savoir qu'heureusement on était vendredi soir.

Aujourd'hui il neige, et comme me l’a très bien dit Mme Coucoubleu, quand même, quelqu'un quelque part a eu la bonne idée de nous épargner la neige hier, qui a coup sûr aurait ajouté son flocon à ce phénomène de turbulences.

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